Le témoignage de Jean-Pierre TELLIER, diacre du diocèse du Mans

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

Jean Pierre TellierOrdonné diacre permanent par Monseigneur Jacques Faivres le 5 décembre 2004 dans la cathédrale du Mans, en 2006, avec l'accord de mon épouse et de notre évêque, j'ai demandé à rejoindre l'Association Vincentienne des Diacres Mariés de la Congrégation de la Mission des pères Lazaristes.

 

Cette demande s'enracine dans notre cheminement à tous les deux. Marié à Isabelle en 1990, nous sommes tous les deux âgés de 45 ans (50 ans en 2010). Nous avons deux enfants Vincent, 16 ans (21 ans) et Marie 13 ans (17 ans). Depuis plus de 25 ans, nous sommes profondément attachée à la famille Vincentienne. Cet attachement prend racine dans notre histoire à tous les deux avant même d'être mariés. Isabelle a été Jeunesse Mariale dans les années 78-89 jusqu'à prendre des responsabilités au plan national. Aujourd'hui, cet engagement se poursuit pour Isabelle au sein de la Fraternité Laïque Vincentienne.

 

De mon côté, c'est dans les années 78-83 que j'ai fait connaissance avec la famille Vincentienne au cours de mes études. D'origine dijonnaise, j'ai suivi ma formation professionnelle au lycée Saint Bénigne de Dijon. Pendant 6 ans, j'ai été formé au métier de comptable (BEP, bac et BTS). À cette époque, les Filles de la Charité étaient encore présentes à la direction de l'établissement scolaire et à l'aumônerie. C'est à leur contact que je découvrais ce qu'était la foi chrétienne, la foi agissante au quotidien. C'est là que j'ai découvert le visage de Saint Vincent de Paul. L'aumônerie du lycée proposait un voyage à Paris sur les pas de Sainte Catherine Labourée. Si j'ai participé à ce voyage, c'était plus pour "monter à Paris" qu'une démarche de pèlerin. Mais si mon intention première était autre, Dieu m'avait donné rendez-vous. C'était les 6 et 7 juin 1978. Depuis ce passage à la rue du Bac et rue de Sèvres, je n'ai eu de cesse, malgré mes faiblesses et imperfections, de découvrir l'Évangile sous le regard de St Vincent. Il m'a appris à lire l'Évangile, à rencontrer l'autre, à voir le Christ présent dans le pauvre. Depuis ces jours, avec beaucoup de hauts et de bas, je n'ai souhaité qu'être à l'écoute de la Parole de Dieu et de travailler à rendre effectif l'Évangile. C'est ce moment, cet instant à la rue du Bac avec la Vierge Marie et à la rue de Sèvres avec les Pères Lazaristes et St Vincent que ma vie a changé. Après mon baptême et ma confirmation, c'est là que j'ai vécu le moment fondateur de ma vie chrétienne agissante et de mon engagement à la suite du Christ évangélisateur des pauvres. Je peux dire que c'est au cœur de la famille vincentienne et plus particulièrement au contact des Filles de la Charité que j'ai pris conscience d'un appel à suivre le Christ dans une vocation particulière. Mais laquelle ?

 

Après un temps de questionnement, de recherche, le temps du service militaire, j'ai eu la chance de pouvoir suivre trois années de formation théologique et philosophique dans les diocèses de Dijon et de Besançon (2 années de premier cycle du séminaire et la première année du deuxième cycle). Si je me sentais bien dans les études, dans la théorie, il me manquait quelque chose. Je n'étais pas pleinement à ma place ni pleinement épanouis. À la suite de ce temps de formation approfondie, j'ai ressenti l'appel à vivre plus intensément, plus concrètement le service des plus pauvres.

 

À cette époque, j'ai rencontré deux jeunes qui rentraient d'un long temps de service auprès d'enfants handicapés. Après quelques mois, cet appel résonne en moi et prend forme. Pourquoi pas moi ? À leur suite, je suis parti huit mois en Israël dans une maison tenue par les Filles de la Charité à Ain Karem, en banlieue de Jérusalem. Elles accueillent des enfants profondément handicapés. Ce village est tenu par la Tradition pour être le lieu de la Visitation de Marie à Elisabeth. Huit mois au service de ces enfants, c'est peu mais c'est beaucoup. C'est peu parce que c'est court, huit mois dans une vie ce n'est pas grand-chose ; c'est beaucoup parce que c'est dur physiquement et dur moralement, mais c'est tellement porteur de valeurs humaines et spirituelles. J'étais heureux de mettre en pratique le projet conçu à Dijon : "sortir des études, de la théorie sur le service des pauvres pour passer au concret, pour m'engager sur le terrain au service des plus pauvres". Passer de la connaissance intellectuelle au service effectif des plus petits. Ce fut pour moi une expérience très décapante. Aujourd'hui, presque 20 ans après, les visages des enfants handicapés sont toujours gravés dans mon cœur, sans oublier les autres volontaires et les personnels palestiniens et israéliens. Voir les regards des personnes changer au cours du temps. Voir après quelques mois, une Palestinienne d'Hébron parler à un soldat de Tsahal, père d'un enfant dont elle s'occupe quotidiennement, ça reste gravé dans ma mémoire. Être au service des plus petits cela nous transforme et transforme aussi les autres.

 

Je suis d'autant plus heureux que c'est au cours de cette expérience fondatrice que j'ai rencontré Isabelle qui est devenue mon épouse. Sarthoise d'origine, engagée dans les Jeunesses Mariales comme je l'ai dit plus haut, elle avait souhaité donner une année au service des enfants d'Ain Karem (d'ailleurs à la suite du témoignage des mêmes jeunes que j'avais rencontré). C'était dans les années 1988-1989.

 

Rentré en France, nous nous sommes unis devant Dieu en l'église d'Yvré l'Évêque. Depuis, Vincent et Marie sont venus animer notre foyer.

 

Concrètement, l'esprit vincentien est présent chaque jour de notre vie à tous les deux. Avant tout, c'est la rencontre de personnes qui nous marque beaucoup tous les deux. Ensemble, nous avons la chance de vivre ce charisme vincentien. Changer son regard, tourner la médaille… St Vincent est indissociable des petites gens que je rencontre, que ce soit dans la rue, par le Secours Catholique ou dans mes lieux de travail ou de vie. C'est aussi le ressourcement dans la prière quotidienne. C'est l'éclairage de l'Évangile pour se prononcer dans les choix de vie, de travail, d'engagement.

 

Aujourd'hui, par ma lettre de mission diaconale, je suis engagé au Secours Catholique du Doyenné de la Couronne Ouest de la région du Mans. Isabelle a choisi de rejoindre cette équipe non pas à la suite de ma mission diaconale mais parce qu'elle a choisi de répondre de cette manière à sa propre vocation vincentienne. Depuis janvier 2005, l'équipe locale du Secours Catholique ne cesse de se renforcer. Nous travaillons bien sûr en lien avec la Délégation du diocèse du Mans. C'est d'ailleurs un des aspect du Secours Catholique (comme dans d'autres associations caritatives) on n'est jamais seul dans l'entraide…

 

Vivre ma vocation chrétienne à la suite du Christ Évangélisateur des pauvres, c'est la certitude de vivre l'engagement au service des plus petits, donc au service même du Christ.

 

Entrer dans l'Association Vincentienne des Diacres Mariés c'est pour moi avoir plusieurs points forts et avoir des lieux pour :

 

1) passer d'un lien affectif à un lien effectif avec la Congrégation de la Mission. Comme me l'avait dit un père lazariste lorsque je lui avais annoncé que j'avais l'autorisation de notre évêque, il m'a dit : "Tu passeras d'une appartenance du cœur à une appartenance plus institutionnelle". Résonne en moi les paroles de St Vincent sur l'amour affectif et l'amour effectif. C'est trouver le lieu de l'expression de ma spiritualité. C'est avoir un lien fort de prière et d'engagement avec la Congrégation. C'est aussi prendre le temps de la formation, connaître encore mieux Saint Vincent, Sainte Louise, l'histoire de la Congrégation et des Filles de la Charité.

 

2) rejoindre d'autres diacres permanents qui vivent les mêmes réalités d'engagements diocésains et vincentiens. Se donner un lieu d'échange, de prière et de partage dans la diversité et l'union. C'est un point important pour moi, ne pas vivre seul mon attachement vincentien mais pouvoir le partager avec d'autres diacres. C'est avoir un lieu où poser des questions, avoir des réponses auprès de personnes connaissant bien St Vincent et vivant du charisme vincentien, de l'esprit vincentien.

 

3) vivre la vocation vincentienne dans le diaconat permanent. C'est prendre encore plus les moyens de se former à la spiritualité vincentienne. C'est être encore plus proche des pauvres et du Christ dans les tâches quotidiennes.

 

4) être dans l'association vincentienne des diacres mariés, c'est unifier de fait mon histoire personnelle à la suite du Christ. Mon engagement dans l'Église prend sa source dans la famille vincentienne. Il est pour moi tout naturel de s'inscrire dans cette famille et d'y devenir membre à part entière.

 

Voici en quelques mots, certes malhabiles, les raisons qui me poussent à entrer dans l'Association. Je vis cet engagement avec d'autant plus de sérénité que c'est en union avec mon épouse que cela peut se faire. Cette démarche nous remplis de joie à tous les deux. Résonne également en moi les paroles d'une Fille de la Charité que je connais depuis les années 80. Il m'arrivait souvent de lui confier mes difficultés de jeune adulte avec mes insatisfactions quant à mon cheminement, les difficultés du discernement, les hasards, les chutes, les relèvements, elle me disait souvent : "Aie confiance en Dieu. Il écrit droit avec les lignes courbes de nos vies".

 

Aujourd'hui, à 50 ans, j'ai l'impression de vivre pleinement de l'amour de Dieu et de travailler avec d'autres à le faire connaître. Je peux mettre mes pas à la suite de St Vincent : «Rien ne me sert d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime.».

 

Pour conclure, Ami lecteur, je souhaite confier toutes ces personnes, tous ces événements à votre prière et votre amitié en Saint Vincent.

 

Jean-Pierre Tellier

Diacre du Diocèse du Mans

le 31 juillet 2006

Cahiers Saint Vincent 2006

(réactualisé en 2010, âge et parcours) 

Publié dans Témoignages

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