Livre "Saint Vincent de Paul et le temps de la Charité", par Dominique Robin

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

Dominique ROBIN

Saint Vincent de Paul et
le temps de la Charité

Éditions Médiapaul

20 €


Attendu depuis longtemps, le livre de Mr ROBIN sort enfin en librairie !

 

ROBIN_couverture.jpgIntroduction

Lorsqu'il est question du «temps de la charité», il ne s'agit pas de parler d'un temps révolu, en opposition au nôtre où il y aurait eu une charité qui n'existerait plus maintenant. Il s'agit plutôt ici de s'orienter sur deux autres pistes. D'abord, cela signifie que Vincent de Paul a toujours mis beaucoup de temps dans la réalisation de ses entreprises et cela signifie aussi que, pour lui, la pratique de la charité demande du temps, elle ne s'improvise pas, et surtout elle n'accepte ni impréparation ni inconstance.

 

Vincent de Paul a été en effet long à comprendre quelle était sa vocation, celle qui l'a orienté en direction des pauvres. Si on fait de la confession générale à Folleville, en Picardie, sa première démarche significative qui lui ouvre le chemin de toutes ses œuvres, il a alors déjà 36 ans. Il ne faut pas s'en étonner, car il n'est pas l'homme des décisions subites, et en paysan qu'il a toujours été, il ne croit pas aux fruits trop précoces; il est plutôt l'homme des enracinements : «La nature fait prendre des racines profondes aux arbres avant que de leur faire porter du fruit, et cela même elle le fait peu à peu», écrit-il le 13 novembre 1654 à Charles Ozenne, supérieur à Varsovie, et il ajoute : «Notre Seigneur en a usé de la sorte en sa mission, ayant mené une vie cachée fort longtemps avant de se manifester et de s'employer aux œuvres de notre rédemption» (1)

 

De fait, sa démarche a été longue avant qu'il ne découvre le sens exact de la charité qu'il a pratiquée par la suite. Sa jeunesse, en effet, ne laisse en rien augurer d'un futur qui serait entièrement voué au service des plus pauvres. Au début, ses ambitions sont très terrestres, en dépit de la réalisation précoce, à l'âge de 19 ans, de son rêve d'être prêtre. Il n'a fait, en début de vie, que réaliser son projet qui le menait à la fois à une promotion sociale et au soutien d'une famille de paysans trop tôt affaiblie par la mort du père. Le temps de ses débuts peut paraître inutile, pourtant il n'en est rien aux yeux de Vincent de Paul. Il y voit, au contraire, un signe de Dieu. Pour lui, c'est ce temps qui lui a permis de découvrir sa mission sur terre ; grâce à ce temps, saint Vincent est persuadé que les choses sont arrivées à point nommé. Ainsi, il écrit à Bernard Codoing, un autre prêtre de la Congrégation de la Mission, le 6 novembre 1643 : «Toutes choses ont leur certain temps opportun, et point avant ou après ce terme-là» (2)

 

Ces choses ont un nom : la Providence, elle qui n'a cessé, il en est persuadé, d'œuvrer en sa faveur. Il s'applique en permanence une règle, qui est la suivante, il ne faut jamais se précipiter : «Il y a de grands trésors cachés dans la sainte Providence et que ceux-là honorent souverainement Notre-Seigneur qui la suivent et qui n'enjambent pas sur elle !» (3)

 

La perception du temps est donc, pour Vincent de Paul, la marque de la présence de Dieu. Il est essentiel de prendre la mesure de ce fait dès maintenant, car cela atteste que, beaucoup plus qu'un philanthrope ou un bénévole de génie, il est d'abord un mystiqueS, qui voit dans toutes ses réalisations la marque de la volonté divine. Sa vocation n'est pas seulement de «faire du bien» autour du lui, elle est d'abord de suivre les traces de «Jésus évangélisateur des pauvres» et de s'y référer sans cesse. Cela veut dire que dans toutes ses entreprises, saint Vincent n'a qu'un souci : associer d'une manière très étroite l'évangélisation auprès des plus pauvres pour les sauver et le soulagement de leur triste sort pour les relever. Il le dit d'une manière claire aux prêtres qui ont bien voulu le suivre «à la Mission» et à «autrui», c'est-à-dire à tous les autres, laïcs inclus :

 

De sorte que, s'il s'en trouve parmi nous qui pensent qu'ils sont à la Mission pour évangéliser les pauvres et non pour les soulager, pour remédier à leurs besoins spirituels et non aux temporels, je réponds que nous devons les assister et faire assister en toutes les manières, par nous et par autrui. (4)

 

La charité de saint Vincent concerne l'homme dans sa totalité

La pratique de la charité selon saint Vincent de Paul demande, à son tour, une bonne appréhension du temps. Il n'est pas inutile de le savoir à notre époque, pour nous qui vivons beaucoup plus dans l'immédiat et la vitesse que dans le long terme. Frédéric Ozanam a écrit un jour, pourtant encore à l'heure des premières locomotives, que «le chemin de fer rapproche singulièrement les distances, mais à mesure que tous les mouvements s'accélèrent, l'activité de la vie se multiplie, les occupations se pressent». La multiplication des activités de la vie, le refus de prise en compte de la durée peuvent être préjudiciables pour l'entreprise d'actions continues, suivies et durables, car c'est bien ainsi que saint Vincent conçoit la charité.

 

Le temps de la charité demande en outre une certaine gravité parce que Dieu lui-même est dans les pauvres : aller vers les pauvres c'est donc rencontrer Dieu. Pour ces raisons, il ne veut pas d'approximations ni de légèreté. Au contraire, il exige un véritable travail, un travail sur soi qui engendre un professionnalisme réel. C'est nécessaire pour que cette charité soit vraiment opérationnelle: la charité ne s'improvise pas. Pour ces raisons, à une époque où tout se fait dans l'immédiat, voire dans l'urgence, saint Vincent a encore beaucoup à dire aujourd'hui. Sa charité n'est pas qu'un simple élan soudain du cœur : elle repose sur de fortes racines nourries longuement dans le discernement et la discrétion, à l'ombre enrichissante, il n'en doute pas, de l'Esprit Saint.

 

1) SV. V, 218.
2) SV. II, 427, À Bernard Codoing, le 6 novembre 1643.
3) SV. I, 68-69, À Louise de Marillac.
4) SV. XII, 87.

 

 

Publié dans Livres - CD - DVD

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