Partage d'Evangile avec les amis du quartier d'une ville sarthoise

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

rencontreLes 27 et 28 janvier 2011, le diocèse du Mans avait organisé un colloque sur Dei Verbum-Verbum Domini. Parmi les intervenants, Claude, diacre permanent du diocèse du Mans, donnait son témoignage sur le partage de la Parole de Dieu avec des personnes qu'il a connu dans le cadre de son engagement à ATD Quart Monde. Précision : ces partages bibliques ne sont pas vécus dans le cadre des activités ATD Quart Monde.

 

Je lui ai demandé son autorisation pour publier son témoignage sur le blog. C'est une expérience d'annonce effectif de l'Evangile.

 

Merci à Claude

 

Jean-Pierre Tellier

DPV

 Voici son témoignage.

 


Voici plus de vingt ans,  madame Germon (Les noms des personnes ont été modifiées afin de respecter leur anonymat.)  m’interpellait :

 

- « chiche que vous venez chez moi faire des réunions pour qu’ `ils’ posent toutes leurs questions sur le bon Dieu ! » ( `ils ‘ : les amis du quartier )

- Oui, répondis-je un peu hâtivement…

-  Mais si je dis à des voisines de venir , attention !  faudra être costaud parce qu’elles vont dire tout ce qu’elles pensent et….

…J’étais prévenu : avec eux j’allais être dérangé ;  je ne savais pourtant pas encore combien leurs questions allaient être cinglantes,  issues de leurs entrailles. Je ne savais pas non plus qu’à me risquer ainsi, c’est Jésus qui osait se risquer en passant par moi. Cette responsabilité me fit parfois frémir.

 

Cet après-midi là, dans l’appartement de madame Germon,  au milieu du quartier HLM , une dizaine de femmes, des mamans pour la plupart, jeunes mais déjà vieillies par la dureté de leur vie sont là à cette première rencontre.

 

Quel déballage pour cette fois ; malheurs, misères, affaires sordides côtoyaient respect amour, pardon, Eglise, sacrement.  C’est ainsi qu’on se retrouva régulièrement dans l’appartement de madame Germon que le compagnon était prié de quitter à chaque réunion.

 

Ces expériences de vie étalées sans concession et qui les condamnaient aux yeux des autres devinrent peu à peu sous le regard du crucifié, leur force de résurrection.

 

Dans les premières années nous lisions l’évangile, ou parlions d’un thème autour d’un texte, d’une peinture religieuse ou d’une sculpture. C’est dans ce contexte qu’est née peu à peu une méthode. Que ce soit un texte, une peinture ou une sculpture nous laissions chacun exprimer ce qu’il voyait réellement ; il ne s’agissait pas d’étaler ses états d’âme mais de se servir de sa mémoire, de son regard .  Pour chaque mot, chaque détail entrevu les participants ajoutaient souvent pourquoi cela les avait frappés, pourquoi ils les avaient retenus.

 

Chacun apprit ainsi à écouter l’autre, à se fixer un cadre de parole, à accueillir la diversité, à s’étonner, à percevoir des détails, à apprécier la force du groupe. Quand nous pensions n’avoir plus rien à ajouter, il suffisait alors de reconstituer le puzzle de tout ce qui avait été dit, de commenter et réaliser l’imbrication profonde entre leurs vies et celle de Jésus côtoyée pendant ce temps d’échange.

 

Cela dura quelques années mais la santé de madame Germon se dégradait et son appartement devenait trop petit.

 

L’arrêt ne fut que de courte durée. Ces rencontres manquaient, elles furent reprises chez les religieuses hospitalières de saint Joseph qui mirent à disposition leur maison pour nous accueillir. Depuis le partage d’évangile n’a cessé. Une fois par mois ou toutes les semaines pendant le carême,  une quinzaine de participants minimum (nous sommes une trentaine à pouvoir venir) se retrouvent.  Chacun est libre de venir et cette grande liberté est essentielle car chacun sait bien que certaines situations difficiles nous enferment ou nous emmurent. Mais chacun a appris que si l’un est absent,  il manque aux autres. 

 

Dans ce groupe vient qui veut pourvu qu’il accepte d’écouter les plus petits, qu’il accepte de se taire, de  s’étonner. Mais je peux témoigner que les plus riches qui se joignent à ce groupe en sortent transformés.

 

Dans ce témoignage je voudrais laisser la parole aux participants de tous milieux car « la charité c’est devenir pauvre pour avoir une voix de pauvres, non une voix de riche qui parle pour les pauvres » (P Wrésinski).

 

Alors nous nous sommes  réunis pour  parler de cette expérience où Parole et agir se complètent ; voilà ce qu’ils en disent :

 

« Le partage de l’évangile est un bonheur pour moi, je ne pensais pas que Dieu pouvait nous aider avec ce que les autres disent comme cela … Je pensais que Dieu était lointain et indifférent et aujourd’hui çà change ma vie.

Maintenant je me sens utile, je me suis rendu compte qu’en rendant service , j’étais capable de faire des choses. , il a fallu que j’ai soixante ans pour que cela m’arrive. »

 

Et voici quelques bribes glanées ce jour là :

« le pauvre a Dieu dans lui, mais il peut pas le dire car c’est tout ce qui lui reste ». (mémoire du P Joeph)

« Dieu c’est sa force qui le tient debout, c’est la pierre d’angle »

« Dieu il avait peur de ce que je vivais »

« Dieu on ne le voit pas mais on parle de lui, ah oui ça on parle de lui »

« la parabole du bon samaritain, j’avais jamais rien compris, c’est ici que je l’ai comprise, ça vous aide dans une vie.

« Ah, l’enfant prodigue, comme je me trouve près de lui »

« moi ce qui me marque le plus c’est le refus de la misère, c’est la femme qui donne sa piécette… ; »

Cette Parole partagée est une parole qui est désirée et chaque fois nouvelle :

 

« Si je ne peux pas venir, ça me manque. Je m’arrange toujours pour ne pas avoir de chimio ce jour là » ;

« Je crois connaître l’évangile et je le connais pas du tout »

« L’évangile nous pouvons le comprendre différemment suivant les jours. Certains jours de tristesse, de doute, de colère nous mettons des mots différents que les jours de joie, de paix. Mais dans n’importe quelle situation il nous aide à avancer. »

« Moi je ne parlais jamais au début , on a toujours peur de ce qu’on dit alors on préfère se taire mais ça n’empêche pas d’écouter et de méditer. J’écoutais beaucoup, mais ça m’a apporté beaucoup »

« Dès fois c’est dur mais c’est un travail d’ensemble ».

 

L’évangile est une parole qui fait vivre :

 

« Moi, j’emporte la feuille (celle des textes sur lesquels on échange), je les relis à la maison et je me remets tout ce qu’on a dit dans la tête et c’est là que je comprends mieux ».

« Moi je regrette de n’être pas rentré dans le groupe plus tôt ».

« Moi, j’avais envie de découvrir une façon de faire, et je ne regrette pas car on se sent à l’aise pour s’exprimer, on apprend des choses on se respecte et c’est tellement gai. »

« Dans le groupe il y a la solidarité, Il faut voir les services qu’ils se rendent les uns les autres ».

« Venez donc dit notre doyenne (97 ans) , c’est intéressant, j’ignorais que ça existe. »

 

Oui l’évangile nous remet debout, il se colporte de bouche à oreille :

Chacun dira que c’est un voisin, un ami, une connaissance qui lui a fait connaître ce partage.

 

Monsieur Olivier* ne lisait pas, ne parlait pas mais en quelques années il a pris de l’assurance et aujourd’hui ose même parler en public.

 

Vous aurez peut être compris pourquoi je ne manquerais à aucun prix ces rencontres . «  Oui vraiment les pauvres sont nos maîtres ». (Saint Vincent de Paul)

 

Et si chaque lundi on me demande : « Quo Vadis ? » Que le Seigneur se serve de ma voix pour  répondre :

 

        « Viens et vois » .

 

Claude Cosnard (diacre)

 

Quo Vadis ? : c'est le nom de la démarche diocésaine du Mans pour les années 2010-2013. http://www.viensavecnous.com/

Publié dans Témoignages

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