Père Jean-Yves Ducourneau, aumonier militaire à Kaboul, une vidéo de KTO

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

 

  

  Un Padre pour les soldats

L'ESPRIT DES LETTRES
L'Esprit des Lettres

  Diffusé le 01/01/1970 / Durée 90 mn

       

http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/l-esprit-des-lettres-l-esprit-des-lettres/00058470

  

Au sein de la librairie de La Procure à Paris, Jean-Marie Guénois rencontre ce mois-ci le père Jean-Yves Ducourneau pour son livre Les cloches sonnent aussi à Kaboul aux éditions des Béatitudes. L'invité, aumônier militaire, ayant effectué deux missions de six mois en Afghanistan, témoigne, avec une rare densité, de son quotidien de prêtre parmi les soldats.

  

L'Esprit des Lettres accueille également Jean Duchesne pour son livre Louis Bouyer, édité chez Artège. L'auteur veut nous donner des clés de lecture pour comprendre et approfondir la pensée puissamment originale du père Louis Bouyer, souvent considéré comme l'un des grands théologiens du XXe siècle. Enfin, le père Joël Guibert nous parle de la divine miséricorde, manifestation personnelle de l'Amour de Dieu, avec son livre Que vienne ta miséricorde, aux éditions de l'Emmanuel.

 

 


 

Au Saint-Michel, le café fume à peine et ils sont déjà tous là, les soldats de la Compagnie de commandement et de soutien (CCS). Assis en train de beurrer leurs tartines ! L'ambiance est détendue à ce petit-déjeuner qui précède le rassemblement compagnie et la séance quotidienne de sport. Muscles saillants, coupe au carré et débardeur régimentaire. Le père Ducourneau ressemble à s'y méprendre à un militaire d'active... et surprend ! Excepté les "bonjour Padre !" qui fusent à son attention à chaque entrée dans la pièce. Il est impossible de le reconnaître au premier coup d'œil ! Loin de certains, clichés éculés concernant les prêtres, les aumôniers militaires — quelle que soit leur confession religieuse — se montrent parfois aussi atypique que leurs ouailles. Exemple à l'appui avec le parcours singulier de cet enfant de troupe, sous-officier devenu prêtre puis aumônier militaire.

 

Vocation tardive

A quarante-trois ans, le père Jean-Yves Ducourneau a deux passions "terrestres" : l'haltérophilie et l'animation musicale. Deux vecteurs d'approche pertinents de la population militaire en opérations extérieures. A le voir soulever la fonte dans la salle de musculation, au milieu des autres soldats, et "baratiner" au micro le samedi soir, on comprend rapidement quelques raisons de sa popularité. Une faculté d'intégration qu'il doit a ses qualités de cœur et d'écoute mais aussi sans aucun doute il l'expérience qu'il possède déjà du milieu militaire. Car "avant d'être dans les ordres, j'étais sous les ordres !", précise le padre avec amusement. Pendant sept ans, il sert au sein de l'arme du matériel comme sous-officier : "avant, j'étais dans le matériel maintenant, je suis dans le spirituel". Achève de plaisanter le père Ducourneau.

 

Après des études secondaires au Lycée militaire du Mans, l'enfant de troupe s'engage en 1978 à l'École de spécialisation du matériel de Châteauroux. A l'issue, il est affecté à l'École supérieure et d'application du matériel de Bourges, d'abord au secrétariat de la chancellerie avant de prendre les fonctions de gérant du Foyer jusqu'en 1982. Puis il fait son baluchon et s'envole pour Djibouti, sur la presqu'île du Héron, où il officie comme comptable matériel. Il est ensuite affecté à la Librairie des armées, à Pussay (Essonne), comme responsable de l'ordinaire et gérant du Foyer. Là-bas, l'envie lui prend de maîtriser le langage des plantes tropicales et il passe un diplôme d'agronomie tropicale par correspondance.

 

Parallèlement, il fait la connaissance d'un prêtre qui l'amène à s'interroger.

 

Issu d'une famille catholique peu pratiquante. Il se revendique de formation humaniste : "Je m'intéressais énormément à l'histoire de la pensée et aux grandes questions existentielles." Puis il quitte l'armée... et après une période de réflexion au cours d'une mission pour une congrégation missionnaire africaine, en 1985, à la frontière guinéenne, en pleine brousse, il décide de rentrer au séminaire de Lyon.

 

Au service des militaires

Après deux "années de discernement" et une année spirituelle à Dax. Ce passionné d'analyse transactionnelle étudie ensuite quatre ans à Paris. Chez les Jésuites d'abord. Puis chez les Sulpiciens, et y obtient sans difficulté une licence de théologie. Parallèlement à ses études. Jean-Yves Ducourneau effectue une "insertion pastorale" dans une équipe d'aumônerie œuvrant pour les gens de la rue (prostituées. sans domicile fixe ...). Ordonné prêtre à Paris, dans la Congrégation de Saint-Vincent de Paul en 1994. Il aura consacré six années d'études an séminaire. Le père Ducourneau est alors envoyé à Cahors (Lot) où il poursuit sa maîtrise de théologie et s'occupe d'une paroisse de quinze villages. Pendant deux ans et demi, cet "humaniste" s'investira aussi comme aumônier à la maison d'arrêt de Cahors.

 

Des aumôniers : en 1996, l'armée en manque cruellement et lance un appel aux congrégations. Ancien militaire, il se porte volontaire, Le père Ducourneau rejoint ainsi l'École nationale des officiers de réserve du service de santé des armées (ENORSSA) de Libourne et y officie jusqu'en 1998, date à laquelle il opère un changement d'armée et part s'installer à Mérignac, sur la Base aérienne 106. Parallèlement, il poursuit son activité à la Congrégation de Dax. Conférences, prédications, écriture : un emploi du temps de ministre sans profiter de l'apparat... Vœu de pauvreté oblige !

 

L'aumônier militaire a pour mission d'assurer la présence de l'Église dans l'enceinte militaire et d'accompagner ceux qui le souhaitent — militaires et familles — dans les grands moments de lit vie. Plus que d'autres, le militaire est en effet souvent confronté à des situations de détresse extrême, côtoyant parfois la mort. Cette spécificité est la raison d'être de l'aumônerie militaire. "Il est donc nécessaire d'être avec les militaires et de participer à la vie courante", explique le Padre. "Un aumônier qui s'isole est un aumônier inutile." Et de poursuivre : "Nous sommes au service des soldats. Nous ne leur apportons pas seulement un soutien spirituel. Mais aussi et surtout un réconfort moral." Un lieu d'accueil. Convivial. Voire familial, voilà comment le père Ducoumeau définit sa chapelle. Une chapelle dans laquelle il ne s'enferme pas toujours prompt à arpenter les compagnies, à participer aux diverses activités allant jusqu'à monter une sono pour animer les soirées et assurer la messe, bien entendu ! Il réussit même depuis deux mois le tour de force de faire sonner les cloches sur le camp de Naqoura ! Disponible et chaleureux, le père Ducourneau constitue assurément un appui au commandement !

 

Ltn Garance GASCON

Photos: ADC Fabrice CHESNEAU

NOTES

1) "Padre" signifie"Père".

2) Sans remettre en cause la pratique religieuse, le règlement de discipline générale dans les armées rappelle néanmoins en son article 10 le nécessaire respect de la neutralité des armées
3) Popote du 420me DIM
4) École de psychologie,
5) A l'origine, l'aumônier était chargé de donner l'aumône au nom du prince, de soutenir le moral des pauvres et des nécessiteux, de visiter les hospices. Notons qu'aumônier n'est pas un titre clérical. Au sein des armées, il existe ainsi des aumôniers catholiques, protestants et israélites... et des aumôniers laïcs qui ne possèdent aucun titre clérical pour assurer cette fonction.
6) L'Église catholique déliait notamment sept sacrements : baptême, confirmation, eucharistie, sacrement des malades, mariage, ordre et pénitence.

 

Pour en savoir plus

• sur internet
  - www.defense.gouv.fr/ema (rubrique interarmées / les aumoneries)
  - www.aumonerie-militaire.com
• sur Intranetwww.intranet.defense.gouv.fr (rubrique vie pratique/aumôneries militaires)

Les aumôneries militaires

Aujourd'hui au nombre de trois — catholique, protestante et israélite —. les aumôneries militaires, placées auprès de l'État-major des armées, présentent une organisation calquée sur celle des armées. Il n'existe pas d'aumônerie musulmane en raison de l'absence de clergé dans l'Islam. Dans chaque région militaire, un aumônier principal coordonne le travail des aumôniers locaux quelle que soit leur arme d'appartenance. L'aumônerie militaire catholique constitue en même temps un diocèse. Son chef. l'Évêque aux armées françaises participe à la conférence des Évêques de France. Dans l'exercice de ses responsabilités, il est assisté d'un vicaire-général et d'un adjoint par arme. Une aumônerie israélite dispose à sa tête d'un Directeur et de trois adjoints : Terre, Air et Marine. Quant au directeur de l'aumônerie protestante aux Armées, il est nommé par le ministre de la Défense sur proposition du Conseil de la Fédération protestante de France. Chaque fois que possible, les aumôniers sont aidés et relayés par des laïcs dans l'exécution de leur mission cultuelle.

Article de TIM n°143 - novembre 2003, pp. 60-61

 

 

Publié dans Témoignages

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