Saint Vincent et l'Etude, SV XI,126-128

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

SV Studieux98. — REPETITION D'ORAISON D'OCTOBRE 1643

SUR L'ETUDE

SV XI,126-128

 

Le jour que l'on commença les études, à la répétition de l'oraison, M. Vincent prit occasion de recommander aux prières de la Compagnie les étudiants, disant que, s'il avait jamais recommandé chose avec instance, c'était celle-là, et il apporta quelques raisons, disant : 1° que, quoique tous les prêtres soient obligés d'être savants, néanmoins nous y sommes particulièrement obligés, à raison des emplois et exercices auxquels la providence de Dieu nous a appelés, tels que sont les ordinands, la direction des séminaires ecclésiastiques et les missions, encore bien que l'expérience fasse voir que ceux qui parlent le plus familièrement et le plus populairement réussissent le mieux. Et de fait, mes frères, ajouta-t-il, avons-nous jamais vu que ceux qui se piquent de bien prêcher aient fait bien du fruit ? Il faut pourtant de la science. Et il ajouta de plus que ceux qui étaient savants et humbles étaient le trésor de la Compagnie, comme les bons et pieux docteurs étaient le trésor de l'Eglise.

 

Il rapporta encore une autre raison pour laquelle il recommandait cela avec tendresse et affection : c'est à cause que c'est le plus dangereux état, non seulement pour les particuliers étudiants, mais même pour le général de la Compagnie, laquelle est beaucoup intéressée à ce que le, particuliers étudient comme il faut, pour se rendre capables des emplois auxquels elle les occupe. Or, comme naturellement nous désirons savoir quelque chose de nouveau, si nous n'émoussons ce désir et cette curiosité, il n'y aura pas une feuille de lecture qui ne puisse servir à la vanité ; et commençant par l'esprit, nous finissons par la chair ; désirant de paraître, nous repaissant de fumée, voulant l'emporter par-dessus les autres, être estimés subtils, de bon sens, de bon jugement ; et voilà où cela va ! O mes frères, prenons bien garde que cet esprit ne se glisse dans la Compagnie ! Ce fut par là que le malin esprit descendit en enfer.

 

Il rapporta ici l'exemple d'une communauté des plus florissantes de l'Eglise de Dieu, laquelle fut renversée en moins de six ans, à cause que cet esprit de savoir et d'entasser science sur science s'y glissa et y causa un désordre non pareil.

 

Il ajouta ensuite quelque, moyens d'étudier comme il faut :

1° C'est d'étudier sobrement, voulant seulement savoir les choses qui nous conviennent selon notre condition.

 

2° Etudier humblement, c'est-à-dire ne pas désirer que l'on sache, ni que l'on dise que nous sommes savants ; ne vouloir pas emporter le dessus, mais céder à tout le monde. O Messieurs, dit-il, qui nous donnera cette humilité, laquelle nous maintiendra ! Oh! qu'il est difficile de rencontrer un homme bien savant et bien humble ! Néanmoins cela n'est point incompatible. J'ai vu un saint homme, un bon Père jésuite, nommé ..., lequel était extrêmement savant ; et avec toute sa science il était si humble, qu'il ne me souvient pas d'avoir vu une âme si humble que celle-là. Nous avons vu encore le bon M. Duval, un bon docteur, fort savant et tout ensemble si humble et si simple qu'il ne se peut davantage.

 

3° Il faut étudier en sorte que l'amour corresponde à la connaissance, particulièrement pour ceux qui étudient en théologie, et à la manière de M. le cardinal de Bérulle, lequel, aussitôt qu'il avait conçu une vérité, se donnait à Dieu ou pour pratiquer telle chose, ou pour entrer dans tels sentiments, ou pour en produire des actes ; et par ce moyen, il acquit une saintété et une science si solides qu'à peine en pouvait-on trouver une semblable.

 

Enfin il conclut ainsi : «Il faut de la science, mes frères, et malheur à ceux qui n'emploient pas bien leur temps ! Mais craignons, craignons, mes frères, craignons, et, si j'ose le dire, tremblons et tremblons mille fois plus que je ne saurais dire ; car ceux qui ont de l'esprit ont bien à craindre : scientia inflat "la connaissance nous enfle" (1 Co 8,1) et ceux qui n'en ont point, c'est encore pis, s'ils ne s'humilient ! »

Publié dans Saint Vincent de Paul

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