Temps de l’Avent 2011 – Père Grégory Gay, Supérieur général de la Congrégation de la Mission

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

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«La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » Jean 1, 5.

 

 A tous les membres de la Famille vincentienne,

 

Que la grâce et la paix de Notre Seigneur Jésus-Christ emplissent vos cœurs maintenant et toujours !

 

La citation de l’Ecriture ci-dessus, de l’Evangile de St Jean, convient pour commencer notre méditation du temps de l’Avent. A cette période de l’année, c’est le moment où beaucoup dans le monde passent des longues journées ensoleillées à des journées plus courtes et plus sombres. La fin de l’année approche, elle nous offre une pause pour réfléchir non seulement à ce qui s’est passé mais aussi à ce qui nous attend. La réalité de ce changement est palpable aussi bien dans le temps qu’il fait que par les jours du calendrier, mais aussi dans ce qui se vit au plus profond de nous, dans nos cœurs.

 

C’est la raison pour laquelle, je crois, l’Eglise nous donne ce temps de l’Avent : en ces temps de changement, il nous rappelle la fidélité de l’amour de Dieu. Par l’Incarnation de Jésus, Dieu nous assure de sa présence constante dans notre monde. En Jésus, nous avons un Dieu qui nous accompagne toujours dans les moments de lumière comme dans les moments de ténèbres, bien au centre de nos vies comme à leurs frontières incertaines. Pourtant, c’est souvent aux frontières, aux « limites extérieures » de notre vie, que le Seigneur se révèle à nous.

 

Les récits de l’Avent nous montrent des vies vécues aux frontières : l’étonnante annonciation faite à Marie pour être la mère du Seigneur ; la noble lutte de Joseph pour accepter cette impressionnante réalité ; la naissance de Jésus dans la simplicité d’une étable ; l’humble hommage des bergers ; le déracinement soudain de la Sainte Famille pour échapper à la colère et aux mains d’Hérode ; tous ces récits d’Avent nous montrent un Dieu, qui, bien que centré sur l’amour trinitaire, « se dépouilla lui-même » (Ph 2, 7), en devenant homme. En choisissant de vivre aux frontières, Jésus nous fait entrer dans le Règne de Dieu, et nous rapproche paradoxalement du cœur de l’amour de Dieu.

  

Comme Supérieur général, j’ai le privilège et la responsabilité de visiter mes confrères lazaristes, les Filles de la Charité et les membres de la Famille vincentienne internationale pour répandre le charisme de saint Vincent de Paul. En agissant ainsi, j’offre mon soutien et mon encouragement à celles et ceux qui ont quitté la sécurité et la stabilité de leur monde pour aller aux frontières et aux limites extérieures servir les pauvres. Je suis édifié par tant de mes confrères, tant de Filles de la Charité et de membres de la Famille vincentienne qui pénètrent courageusement dans les coins sombres de notre monde pour les illuminer de la lumière du Christ. Permettez-moi de partager avec vous quelques exemples de la manière dont ils vivent leur chemin d’Avent de lumière et d’espérance.

 

Dans la République du Tchad, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, des Filles de la Charité d’Espagne servant avec des Lazaristes du Cameroun, de Madagascar et du Kenya, travaillent dans une région rurale reculée sans aucune présence d’Eglise. Leur « église de mission » est une estrade en bois surmontée d’une tente de fortune, protégée par de grands manguiers. Dans cette région laissée pour compte, ils apportent Jésus et notre charisme aux personnes dont la faim est apaisée et la soif étanchée par la Parole de Dieu et la charité du Christ.

 

Au Royaume Uni, j’ai rencontré les « Vincentiens en Partenariat », une association de prestataires de services pour les pauvres constituée de dix organismes centraux et de treize groupes associés. Nous avons prié, réfléchi et discuté des moyens de s’approprier et de communiquer le charisme vincentien de l’amour de Dieu et du service des pauvres. Ils travaillent dans des villes avec des pauvres, des jeunes sans abris, des personnes malades mentales et toxicomanes ; bref, celles et ceux qui vivent en marge de la société. Leur proximité pour prendre soin de ces personnes et leur manifester de la compassion va au-delà de leurs frontières jusqu’en Irlande, en Europe de l’Est et aux Etats-Unis. Voici l’adresse du site internet qui raconte leur histoire : http://www.vip-gb.org

 

Après un vol de huit heures au départ de Moscou, je suis arrivé à Magadan en Russie, un endroit qui semble être géographiquement au bout du monde. Cette mission est composée de Filles de la Charité originaires des Etats-Unis et de Pologne. Une fois arrivé à Magadan, j’ai été transporté dans le monde oublié des camps de prisonniers et j’ai rencontré des personnes qui avaient été l’objet de décennies de traitements inhumains. A l’époque de Staline, Magadan était la destination finale de centaines de milliers de citoyens soviétiques étiquetés comme « ennemis du peuple ».

 

Les Filles de la Charité accompagnent les survivants que l’on appelle « les refoulés » des camps de prisonniers, et elles participent à leur guérison en les aidant à « raconter leur histoire ». Avec la présence de la seule église catholique de la région, ces anciens prisonniers ont désormais une communauté de foi accueillante. La beauté de l’Eglise de la Nativité avec sa chapelle des martyrs honore le nombre incalculable et jamais révélé de personnes qui ont péri dans les camps de prisonniers et les histoires vécues par les prisonniers survivants. Vous pouvez voir cette Eglise sur leur site internet : http://magadancatholic.org

 

Chacune de ces trois expériences – au Tchad, avec les « Vincentiens en Partenariat » et à Magadan – a une place dans mon cœur alors que nous célébrons ce temps de l’Avent. Elles nous rappellent que la lumière du Christ a vaincu les ténèbres d’un monde rempli de péché et de souffrances. Les quatre Evangiles des dimanches de l’Avent nous aident tous à centrer notre attention sur ce qui est essentiel pour être disciples à la suite du Christ  : « veiller dans l’attente du Christ » (Mc 13, 33) « préparer le chemin du Seigneur » (Mc 1, 2) ; confiants que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37) et « rendre témoignage à la lumière » (Jn 1, 7). Pris ensemble, ces récits évangéliques nous donnent une recette pour mettre notre foi en actes tout au long de l’année.

 

Ce chemin d’Avent fait de vigilance, d’enthousiasme et de confiance qui témoigne de la foi évangélique, a été le pivot de la vie de saint Vincent de Paul, qui a trouvé le Christ là où il l’attendait le moins : aux frontières, aux « limites extérieures » de sa vie. Dans ses deux expériences pivots de conversion ; en écoutant la confession d’un homme malade et en exhortant avec succès ses paroissiens à donner de la nourriture et des médicaments à une famille extrêmement malade ; ces deux expériences ont conduit Vincent au Christ dans les pauvres. Une fois qu’il est entré dans le monde des pauvres, sa vie en a été transformée. Dès ce moment-là, il s’est organisé et il a inspiré à ses disciples à faire de même :

 

« N’arrêtez donc plus votre vue à ce que vous êtes, mais regardez Notre-Seigneur auprès de vous et dans vous, prêt à mettre la main à l’œuvre sitôt que vous aurez recours à lui ; et vous verrez que tout ira bien ». (Coste III, Saint Vincent à Louis Rivet, prêtre de la Mission à Richelieu, 19 décembre 1646, page 133).

 

En préparant notre cœur et notre maison pour la venue du Seigneur à Noël, laissons les paroles de Jésus et le charisme de saint Vincent de Paul résonner plus profondément dans nos cœurs et dans nos vies. Les récits de l’Avent et de Noël nous rappellent d’une manière saisissante Celui qui est né, qui a vécu et qui est mort aux frontières. L’Evangile de Jean nous rappelle de façon très émouvante que Jésus « est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1, 11) C’était vrai pour la Sainte Famille. Souvent dépeinte dans les tableaux et les images pieuses comme calme et sereine, elle a suivi en réalité le chemin des pauvres et l’errance des réfugiés.

 

Cette triste réalité continue aujourd’hui. Le Christ qui était pauvre vit dans les pauvres qui ne possèdent guère plus que les vêtements qu’ils ont sur le dos, qui n’ont pas de nourriture ni d’abri et qui sont privés de dignité humaine. Pourtant, comme saint Vincent le dit, les pauvres ont la « vraie foi » comme nous le voyons dans leur confiance inébranlable et constante en Dieu. Leurs vies et celles des membres de la Famille vincentienne qui les accompagnent nous parlent chaque jour de l’Avent de l’espérance.

 

Je suggère que chacun de nous préserve du temps dans son programme chargé en ces semaines de l’Avent pour méditer sur les Ecritures et la vie de saint Vincent, afin que nous soyons des disciples de Jésus « vigilants, enthousiastes, confiants et qui témoignent » de ce qui est fondamental pour notre vocation de membres de la Famille vincentienne. En prenant du temps pour rencontrer le Seigneur dans la prière, l’Ecriture et l’Eucharistie, nous aurons le courage, comme le fit saint Vincent, de demander au Seigneur de nous diriger vers les pauvres, qui passent souvent inaperçus en marge de nos vies. En agissant ainsi, nous entrerons en solidarité avec eux comme nos frères et sœurs dans le Christ.

 

 

Permettez-moi de conclure avec une image forte et appropriée pour l’Avent. Comme je l’ai noté auparavant, l’Eglise de la Nativité à Magadan offre une communauté de guérison et d’espérance pour les anciens prisonniers du camp soviétique et pour les pauvres. Cette petite Eglise est une fête pour les yeux avec sa chapelle des martyrs symbolique étonnante, ses stations du chemin de croix, ses vitraux frappants et son iconographie si saisissante qu’on ne peut l’oublier. Pourtant, l’icône de la Nativité (qui est imprimée au début de cette lettre) au-dessus de l’autel est ce qui frappe le plus quand on entre dans l’Eglise. Son emplacement à cet endroit est sans nul doute approprié d’un point de vue liturgique.

 

Mais pour moi, cette icône représente bien plus. Elle nous montre comment notre être de disciples avec Jésus et le charisme vincentien portent témoignage de la puissance et de la présence de Dieu dans notre monde aujourd’hui. En dépit du passé mortifère de Magadan, l’icône et l’Eglise de la Nativité confirment que le Christ naît à nouveau. L’Eglise de la Nativité et toutes les œuvres de la Famille vincentienne internationale sont pour nous des rappels vivants et quotidiens que « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »

 

Que le Seigneur naisse à nouveau en vous en ce Noël et vous bénisse en cette année qui vient !

 

Votre frère en saint Vincent,

 G. Gregory Gay, C.M.

Supérieur général

 

 

 

Publié dans Vie de l'Eglise

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