TEMPS DE L’AVENT 2012 Un chemin vers le Christ et notre charisme Supérieur général

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

Supérieur général – Le temps de l’Avent

Posté le novembre 30, 2012

 

gregory gay c m “Le temps de l’Avent nous offre l’opportunité de méditer sur la beauté, le mystère et l’incroyable responsabilité de notre vocation de disciples chrétiens qui suivent le charisme vincentien. Notre chemin d’Avent comprend quatre mouvements distincts qui reflètent ce temps liturgique ainsi que les étapes de notre vie de disciples à la suite du Christ.”

 

 

 Ceci est le mode de l’évangélisation… que la vérité devienne en moi charité et la charité allume comme le fait le feu, l’autre aussi. Seulement dans cette action d’allumer l’autre à travers la flamme de notre charité, croît réellement l’évangélisation, la présence de l’Évangile, qui n’est plus seulement parole mais réalité vécue. » –

Le Pape Benoît XVI,

Méditation pour l’ouverture du Synode sur la nouvelle évangélisation,

 le 8 Octobre 2012.

 

 

A tous les membres de la Famille vincentienne

 

Chers Frères et Soeurs,

 

Que la grâce et la paix de Jésus emplissent vos cœurs maintenant et à jamais !

 

J’ai récemment participé comme délégué au Synode sur la nouvelle évangélisation, qui a coïncidé avec le début de « l’Année de la Foi » pour commémorer le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II. Comme notre Saint Père l’a exprimé dans la citation ci-dessus, « la présence de l’Evangile » est un don et un défi pour tous ceux qui suivent le Christ à la manière de St Vincent de Paul. C’est un don qui nous est donné par Jésus, le Verbe fait chair. Notre défi consiste à en faire une « réalité vécue » en servant nos seigneurs et nos maîtres, les pauvres de Dieu. Le temps de l’Avent nous offre l’opportunité de méditer sur la beauté, le mystère et l’incroyable responsabilité de notre vocation de disciples chrétiens qui suivent le charisme vincentien. Notre chemin d’Avent comprend quatre mouvements distincts qui reflètent ce temps liturgique ainsi que les étapes de notre vie de disciples à la suite du Christ.

 

Un temps d’angoisses et d’incertitudes

Le monde actuel est pétri d’angoisses et d’incertitudes de toutes sortes : économiques, géopolitiques, ethniques, sociales et personnelles. Les guerres, les conflits armés et les catastrophes naturelles engendrent, à leur tour, la pauvreté, la faim, le problème des sans-abris et des misères humaines dont il est impossible de dresser une liste exhaustive. Aussi alarmant et déconcertant que soit notre monde aujourd’hui, les textes de l’Ecriture du premier Dimanche de l’Avent nous rappellent que des situations semblables ont existé autrefois : « Et il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, … des hommes mourront de peur, dans l’attente de ce qui menace le monde habité » (Lc 21, 25-26).

 

Nos saints fondateurs, Saint Vincent et Sainte Louise, ont été confrontés, au cours de leur vie, à des défis catastrophiques : la guerre, la famine, les maladies, le mépris des pauvres, l’ignorance et l’indifférence à l’égard de la pratique de la foi catholique parmi le clergé et les laïcs. Quelle fut leur réponse à ces épreuves et ces tribulations ?

 

Je crois qu’on peut la trouver dans le même évangile de Luc de ce premier Dimanche de l’Avent : « Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche… Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent dans la débauche. […] Veillez donc et priez en tout temps » (Lc 21, 28, 34-36).

 

En apprenant à mieux connaître Jésus par la méditation de sa Parole et en Le recevant dans l’Eucharistie, Vincent et Louise ont fait du Christ le centre de leur cœur et de leur vie. Jésus a apaisé leurs inquiétudes et les a incités à entreprendre une manière de vivre l’Evangile, dynamique et prophétique.

 

Leur cheminement spirituel se poursuit quand nous mettons en pratique le charisme de la charité qu’ils nous ont donné il y a plus de 350 ans. Que cet Avent soit un temps où nous recherchions la personne de Jésus-Christ dans la Parole et les sacrements, en ayant foi en Dieu qui « exercera dans le pays le droit et la justice » (Jr 23, 5). Avec l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, comme principal fondement, nous allons « croître et abonder dans l’amour les uns envers les autres et envers tous… qu’il affermisse ainsi vos cœurs irréprochables en sainteté devant Dieu » (1 Th 3, 12-13).

 

Un temps de prise de conscience et d’attente

Au milieu des ambiguités de la vie, l’Avent offre une prise de conscience et une attente grandissantes de la venue de notre Dieu parmi nous. L’Avent est un temps de commencements et de fins : une nouvelle année liturgique et la fin de l’année civile. Mais, en tant que chrétiens, nous prenons conscience qu’en dépit de ce chronos, cette période de fins et de commencements, l’Avent nous montre un véritable moment de kairos : par l’Incarnation, Dieu est toujours avec nous. Le prophète Baruch nous rappelle que nous devons être des gens qui « se réjouissent car Dieu s’est souvenu d’eux » (Ba 5, 5). Quelle qu’ait été cette année pour nous, par Jésus, Dieu nous appelle à un amour plus abondant.

 

La voix prophétique de Jean le Baptiste ranime la conscience et l’attente de la venue de Dieu en Israël. Jean proclamait un « baptême de repentir pour la rémission des péchés … la voix de celui qui crie dans le désert : «Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers» (Lc 3,2-3). Jean, le prophète du Règne de Dieu, parlait de la venue du Messie en menant une vie disciplinée par l’ascèse et totalement centrée sur Jésus. Par la beauté de l’Ecriture, des lectures et des hymnes qui nous éveillent à la miséricorde de Dieu, l’Avent nous aide à tourner notre regard vers le Fils unique engendré par le Père.

 

Le résultat de l’ascèse de l’Avent, c’est un regard constamment tourné vers Jésus, «Dieu-avec-nous», comme il l’était dans la vie de Vincent et de Louise. Jésus était «tout» pour eux. Vincent pressait ses disciples « à nous rendre intérieurs, à faire que Jésus-Christ règne en nous … Cherchons la gloire de Dieu, cherchons le règne de Jésus-Christ » (Coste XII, pp. 131-32). Vincent et Louise ont fait advenir le règne de Dieu sur terre en servant le Christ dans les pauvres. L’Avent nous prépare à faire de même.

 

Un appel à la conversion au Christ et à notre charisme

Comme l’Avent nous fait passer de l’angoisse à l’attente, il y a une ouverture dans nos vies et dans nos cœurs pour que Jésus puisse y entrer. En agissant ainsi, nous rencontrons à nouveau le mystère de la conversion, au fur et à mesure que le Christ nous révèle en douceur de nouvelles manières de vivre les vérités évangéliques. Les paroles stimulantes de St Paul revêtent alors une nouvelle signification pour nous : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-5). Cette proximité nous donne un avant goût de ce que signifie la conversion au Christ. Elle nous appelle à une décision : sur qui et sur quoi je centre mon cœur ?

 

L’Evangile du Dimanche de « Gaudete » décrit la première ferveur de ceux dont les cœurs ont été touchés par Jean le Baptiste au point de se convertir. Luc nous dit que, bien que les foules étaient variées et comprenaient aussi bien des gens ordinaires que des collecteurs d’impôts et des soldats, tous posaient la même question : « Que nous faut-il donc faire ?» (Lc 3, 10). Et la réponse de Jean était simple et directe : partagez tout ce que vous avez avec ceux qui sont dans le besoin ; ne percevez pas plus d’impôts que la somme requise ; n’extorquez et n’accusez personne à tort ; et soyez satisfaits de votre salaire (D’après Lc 3, 11-15). L’appel à la conversion de Jean ne se réduisait pas à un saut dans le Jourdain et à un bref sentiment de soulagement. Il conduisait à Jésus et à une relation nouvelle et dynamique avec Dieu et avec le prochain.

 

Nos saints fondateurs ont eu leurs « moments de conversion » : l’expérience du Dimanche de Pentecôte de Louise, les rencontres à Châtillon et à Folleville de Vincent. Tous deux ont découvert que suivre le Christ ne devait pas se trouver dans des exercices spirituels ésotériques, ni dans des doctrines religieuses abstraites, mais dans le service des autres comme s’ils étaient le Seigneur Jésus lui-même. Louise écrivait : «Mon oraison a été plus de vue que de raisonnement, et grand attrait à l’humanité sainte de Notre-Seigneur, avec désir de l’honorer et imiter plus que je pouvais dans la personne des pauvres et tous mes prochains» (Ste Louise, Ecrits Spirituels, A. 26, p. 809).

 

Le charisme vincentien qui nous inspire et nous guide aujourd’hui vient de la conversion au Christ de nos fondateurs et de leur désir de miser leurs vies sur cette foi chaque jour. L’Avent nous permet de raviver notre lien avec le charisme en vivant comme des « ambassadeurs du Christ » (2 Co 5, 20). Vincent rappelait à ses premiers disciples : « Or, pour bien commencer et pour bien réussir, souvenez-vous d’agir dans l’esprit de Notre-Seigneur, d’unir vos actions aux siennes et de leur donner une fin toute noble et toute divine, les dédiant à sa plus grande gloire » (St Vincent, Coste V, pp. 456-457).

 

Un temps pour une action rédemptrice

Dès que nous laissons l’Avent nous renouveler dans l’amour et la miséricorde de Jésus, nous pouvons nous donner plus totalement au charisme vincentien. Dans une lettre précédente adressée à la Famille vincentienne, j’ai suggéré ce thème pour améliorer la collaboration : « Travaillons ensemble pour partager la Bonne Nouvelle et communiquer la vie aux pauvres » (Juin 2012). Comme notre charisme, la spiritualité vincentienne est concrète et réalisable. Ce fut le génie de Vincent et de Louise : ils ont vu le Christ dans les pauvres, et les pauvres dans le Christ. Nous devons travailler ensemble à répandre ce charisme de la charité dans notre contexte actuel.

 

Cependant, la spiritualité vincentienne et l’Avent nous rappellent tous les deux que, ce que nous recherchons pour nous-mêmes et pour ceux que nous servons, n’est pas qu’un soulagement temporaire, mais une action rédemptrice. Les textes de l’Ecriture de l’Avent mettent en valeur des gens ordinaires dans l’histoire du salut appelés par Dieu à jouer un rôle extraordinaire : Jean le Baptiste, Marie, Elisabeth et Joseph. Par son ouverture à la volonté de Dieu, la Vierge Marie a accepté son rôle dans l’action rédemptrice de Dieu en tant que mère du Seigneur, nous traçant ainsi un chemin assuré vers la foi et la fidélité. Ce n’est pas étonnant qu’Elisabeth ait dit à Marie lors de sa visite : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !… bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » (Lc 1, 42-45). Le témoignage de Marie, comme tous les récits de l’Avent, peuvent nous aider à approfondir la grâce de Dieu en nous quand nous faisons nôtres ces récits du salut.

 

La Famille vincentienne est composée de membres ayant une foi tenace qui partagent la mission d’évangéliser les pauvres. Tous sont appelés à être des missionnaires qui vivent la Bonne Nouvelle. L’été dernier, j’ai visité les Philippines pour célébrer le 150ème anniversaire de la présence de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité dans ce pays. L’image qui orne la première page de cette lettre est tirée d’une pièce de théâtre : « San Vicente : A Zarswela », mise en scène à l’Université Adamson pour ce merveilleux événement. Alors que je prenais plaisir à cette représentation splendide de notre histoire et de la mission aux Philippines, j’étais rempli de gratitude pour les nombreux sacrifices faits par les premiers missionnaires, Lazaristes et Filles de la Charité, originaires d’Espagne qui sont venus dans ce pays. Il était aussi évident pour moi que cette ancienne « terre de mission » avait grandi pour devenir, aujourd’hui, une communauté de foi dynamique avec ses propres missions.

 

L’Avent nous rappelle que l’œuvre de Dieu se poursuit chaque année de manière nouvelle en chacun de nous, quel que soient notre âge et notre état de vie. La nouvelle évangélisation commence par chacun de nous ! Alors donnons-nous pleinement à ce temps de grâce, avec un esprit et un cœur ouverts et disponibles, en nous libérant des soucis et des angoisses de la vie pour entrer dans une communion plus profonde avec le Christ et un engagement renouvelé dans le charisme vincentien de la charité. Dans l’esprit de Jésus et de nos saints fondateurs, je vous demande à nouveau : « Travaillons ensemble pour partager la Bonne Nouvelle et communiquer la vie aux pauvres ».

 

Je prie pour que le Seigneur Jésus vous bénisse en abondance au cours du temps de l’Avent et de Noël !

 

Votre frère en Saint Vincent,

G. Gregory Gay, C.M.

Supérieur général

 

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