Vivre ensemble la fraternité

Publié le par Diacres Permanents Vincentiens

Cet été, diverses mesures ont été prises à l'égard de nos amis et frères des gens du voyage. Artisans de la fête, nous sommes membres du Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes. Voici la réaction de J.-C. Peteytas, aumônier des Artisans de la fête en région Aquitaine Corrèze et Creuse

 

ATTENTION, DANGER !

C'est un sujet délicat, mai on ne peut se taire. Il s'agit des gens du voyage que l'actualité a mis sur la sellette depuis quelque temps.

 

Au cœur de l'été, diverses mesures ont été annoncées par les autorités pour maintenir l'ordre. Déjà existent des lois qui concernent toutes les populations et l'on se demande pourquoi en décider d'autres… Il est normal, tout à fait, que des actes violents comme ceux dont des gens du voyage se sont rendus coupable à St Aignan  soient sanctionnés. Cela est nécessaire, justice comme pour toute personne ne respectant pas les lois de la république. Mais il y a un énorme danger : celui de stigmatiser  un groupe de personnes, un groupe de citoyens, une population. En haut lieu, on dit que non…mais dans les faits cela fonctionne ainsi, surtout dans les conversations  des " café du commerce " !

 

Il n'est pas question de fermer les yeux ni d'être naïf. Pour l'harmonie d'une société, il faut que les lois soient respectées. Mais la question est la suivante : peut-on accepter qu'un groupe d'hommes, de femmes, d'enfants, de jeunes, un groupe quel qu'il soit puisse devenir  bouc émissaire?

 

Notre pays n'a-il pas l'expérience de la délation  comme il y a plus de soixante ans ? Attention à l'amalgame ! Nus ne savons que trop qu'une période économique difficile, une période de crise favorise les rumeurs qui désignent des boucs émissaires…

 

L'aumônerie catholique des gens du voyage dans son communiqué du 28 juillet écrit : " Nous sommes convaincus que le remède à la peur et à l'insécurité ne se trouve pas dans une surenchère sécuritaire.

 

Mais passe par une action de longue haleine nourrie de respect  et de connaissances réciproques. "

 

Les évêques de la Commission épiscopale de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes, Raymond Centène  évêque de Vannes et Claude Schockert, évêque de Belfort-Montbéliard, parlent au nom de l'épiscopat de notre pays. Et nos évêques ne sont pas des " enfants de chœur ". Ils savent que le mal existe, que des " voyous " existent dans tous les milieux. Mais ils savent aussi qu'existent les structures de péché, comme disait Jean-Paul II.

 

Faut-il ajouter une forme de racisme à ,une population qui a de grandes difficultés à faire valoir ses droits au stationnement, au voyage, à la scolarisation, au travail, à la santé, à  la citoyenneté ?

 

Faut-il rappeler que les Tziganes en particulier ont payé un très lourd tribut pendant Seconde guerre mondiale, enfermés et éliminés dans les camps de la mort ?

 

Oui? Sous prétexte de " sécuritaire " et de " caresses des gens dans le sens du poil ", attention à la ;pente glissante !

 

J'ai lu avec intérêt un article ( cri du cœur ) d'un journaliste , Aimé Savard. Il écrit entre autres choses : " Citoyens, , je suis aussi chrétien. Et comme chrétien, la stigmatisation des Roms et des gens du voyage me paraît plus intolérable encore. Comme toute communauté, celle-ci parmi laquelle les chrétiens sont d'ailleurs nombreux – comprends des saint et des pécheurs, des gens généreux et des salauds. Mais tous, même quand ils sont délinquants, voire même criminels, sont, comme tous être humain, nos frères, enfants du même père qui fait briller son soleil sur les bons comme sur les méchants. "

 

 Ah, ce n'est pas facile à vivre l'évangile ! Ce n'est pas facile  d'être disciples du Christ ! Et bien entendu, si l'on affirme qu'un chrétien ne peux tolérer qu'un groupe humain soit rejeté , on se fait traiter d'utopiste ! Mais l'évangile est exigeant. Ce n'est pas un bâton de guimauve ! Un grand ami, aujourd'hui décédé, le Père Pierre Causse, lazariste et qui fut aumônier national des gens du voyage, écrivait ceci en 1979 ( déjà ! ) : " L'expérience de rejet ( des gens du voyage ) doit poser question à l'Eglise. Certes les gitans dérangent toujours. Ils n'ont pas nos manières de v ivre et de s'exprimer. Ils méconnaissent nos règlements. Leur solidarité familiale, leur mentalité primesautière, leur conception de la liberté nous déconcertent, cependant ils demandent à être respectés et traités comme des hommes responsables. Comme tout un chacun, ils souhaitent connaître l'amitié sincère et gratuite. Or trop de communautés chrétiennes restent encore hostiles à ces populations ou indifférentes à leurs conditions de vie. Que les gitans soient chassés, humiliés, relégués dans des lieux insalubres ou des bidonvilles ne les tourmentes guère. Que signifient alors les grandes proclamations de solidarité, de charité, les campagnes en faveur du tiers monde ou quart monde, tant que de semblables situations seront acceptées dans la périphérie de nos villes ou de nos villages ? .

 

Oui, il faut sanctionner ceux qui bafouent les lois. Mais attention : les délinquants sont présents dans tous les milieux, mêmes chez les gens en col blanc et financiers !

 

Et méfions-nous des faux débats qui ,minent les fondements de la République et du vivre ensemble et qui finiront par saper la liberté, la fraternité et l'égalité ( déjà bien minée ! ).

 

Jean-Claude Peteytas, diacre

Publié dans Témoignages

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